dimanche 19 mai 2013            

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Belles des champs, sauvages et dans le vent

Colysée de Lambersart

Ce n’est pas parce qu’elles sont sauvages qu’il faut les redouter. Bien au contraire. Les plantes et fleurs que l’on trouve dans les champs et aux bords des chemins métropolitains, en plus d’être jolies, présentent bien des avantages pour nos jardins.


    Il suffit de parcourir quelques mètres pour les retrouver. Les fleurs sauvages ne sont jamais bien
loin. Le jardin à la française a des soucis à se faire, l’heure est au naturel, au jardin faussement négligé et aux jachères fleuries. Nombreux sont désormais ceux qui redécouvrent les vertus de ces vivaces non modifiées par les horticulteurs, voire par les biologistes. Ces belles plantes rustiques ne finissent plus seulement entre les feuillets d’un herbier, mais reviennent fleurir les prairies, les haies et les balcons. 
    Ce retour à l’état sauvage est notamment entretenu par les jardiniers qui n’hésitent pas à se fournir directement à la source. “Tout prélèvement doit se faire avec parcimonie, selon la quantité disponible de l’espèce sur le terrain pour assurer sa survie”, rappelle Thibault Pauwels, animateur nature et guide lors d’une sortie sur le site du Colysée de Lambersart, organisée par l’Espace Naturel Lille Métropole (ENLM). Ce jour-là, ce sont les espèces qui poussent sur les berges de la Deûle et sur une parcelle en fauche tardive située près de l’écluse de la Barre qui sont observées. Mais avant de s’élancer à la chasse aux plantes sauvages, l’on s’attarde sur les pelouses tondues, vertes et grasses, mais si pauvres en fleurs. “Ici, on compte les différentes plantes sur les doigts d’une seule main : quelques herbes, des pissenlits, du trèfle… alors que sur notre territoire du Nord-Pas-de-Calais-Picardie, on en dénombre 1 500”, constate l’animateur nature, davantage inspiré par la richesse floristique des berges, ortie brûlante comprise !Certes, elle pique, mais elle est intéressante car certains papillons ne se nourrissent que de l’ortie, s’amuse Thibault Pauwels, des papillons indispensables à la pollinisation des autres fleurs du jardin”. Et le petit groupe d’échanger sur la façon de consommer l’ortie : “Crue, elle est très bonne à condition de bien froisser préalablement ses feuilles afin de casser les poils urticants. Elle est aussi très riche en fer”, précise une participante. S’ensuit une discussion sur le purin d’ortie et autres décoctions aux propriétés enrichissantes pour la terre du jardin…


Tout est bon dans la bardane
La brunelle est facile à reconnaître. Elle appartient à la famille de la menthe, sa tige est donc quadrangulaire. Avec ses petites fleurs, elle couvre talus ou rocailles. Une fois la brunelle séchée, on recueille facilement ses graines que l’on sème directement dans le jardin ou en pot. Le chardon est quant à lui mielifère, sa fleur attire les abeilles. Mais beaucoup de jardiniers le redoutent car ses graines se dispersent facilement avec le vent… et le risque d’envahissement est fort. “Il faut les mettre par exemple dans un coin du jardin où l’on ne souhaite pas que les enfants s’aventurent trop”, ou en bord de berges, question de sécurité… La bardane et ses boules qui s’accrochent aux vêtements, tel du velcro, recueillent les suffrages des plus jeunes, des plus grands aussi, ceux qui savent qu’en elle tout se mange, y compris ses racines au goût d’artichaut. La symphorine produit de toutes petites fleurs roses ou blanches, mais ce sont ses baies en automne qui lui confèrent tout son intérêt esthétique.

    Pour admirer d’autres baies, on tourne le dos à la Deûle et l’on s’intéresse aux arbustes des haies. La viorne obier présente des fleurs blanches en ombelle puis des grappes de baies d’un rouge éclatant, auxquelles on prête une multitude de vertus médicinales. Les baies de l’églantier, appelées cynorhodons ou plus familièrement gratte-culs, affichent leur plus profond rouge-oranger à maturité, début octobre, au moment où l’on peut se délecter de ces champions en vitamine C (dix fois plus riche qu’une orange), crus, à condition de bien retirer graines et poils contenus à l’intérieur du fruit. L’hiver durant, les baies accrochées aux branches épineuses offrent, les matins neigeux ou glacés, de sublimes décorations au fond du jardin. 
    Pour apporter une touche prune à votre haie, optez pour le prunellier et ses fruits d’un sombre violet, mûrs aux premières gelées, que l’on déguste en confitures, clafoutis ou liqueurs.


Gare à l’envahissement
Les plantes de cette promenade ont poussé sur des sols relativement pauvres. Elles s’adapteront à tout type de jardin du territoire métropolitain. “Pour ce qui est de leur entretien, c’est simple, il n’y
a rien d’autre à faire que d’éviter l’envahissement”, prévient l’animateur nature, qui poursuit son chemin jusqu’à la zone de gestion différenciée mise en place par l’ENLM. Ici on ne fauche que tardivement pour favoriser la biodiversité. Résultat, on assiste à un foisonnement de plantes en milieu urbain : soucis, cosmos, pélargoniums, raiponces orbiculaires… toutes sortes de fleurs que l’on a l’habitude d’admirer dans leur version ornementale. Ainsi la délicate mauve que les horticulteurs ont développée, par sélection, en lavatère ou en rose trémière. Celles-ci, demeurées
à l’état sauvage, les jardiniers vous le diront, sont vigoureuses. Quant aux économes, ils reconnaîtront l’intérêt financier à s’approvisionner localement en graines. Pour les balcons et jardinières, le conseil de l’animateur nature est d’y faire pousser des plantes aromatiques. La marjolaine sauvage n’est autre que l’origan dont les petites feuilles agrémentent les pizzas. Menthe, sauge sont également à planter, à condition de les trouver… 
    Deux heures ont passé, il est temps de rejoindre le relais nature du Colysée. Sur le chemin du retour, immanquablement, la visite se poursuit. La flore n’a pas fini d’étonner les promeneurs, comme les fleurs de la lycope d’Europe qui naissent à l’aisselle des feuilles, le séneçon jacobée qui fleurit toute l’année, la prèle avec laquelle on peut récurer les casseroles, la pétasite qui est fleurie en mars bien avant que ses feuilles laineuses n’apparaissent et encore la cardère, à la base des feuilles de laquelle les passereaux viennent s’hydrater. C’est pour cela qu’on l’appelle le cabaret des oiseaux.

 

 

> Anne Cesbron-Fourrier





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