
“Ce jardin de deux hectares, véritable lieu de calme et de détente, a pour particularité son patrimoine remarquable d’arbres centenaires…”, peut-on lire dans le programme Naturenville édité par la Maison Régionale de l’Environnement et des Solidarités (MRES). Le silence ! C’est en effet la première impression qui s’impose lorsqu’on pénètre dans l’enceinte du jardin de l’avenue Salomon. Un silence qui étonne, le Grand boulevard n’est qu’à quelques dizaines de mètres de là. Le tambourinage printanier des pics épeiches et des pics verts - 10 à 15 coups de bec par seconde ! - parvient à peine à contrarier la quiétude rassurante de ce lieu. Les observateurs les plus avisés repéreront, sur quelques troncs, les orifices sculptés par les pics qui ont une préférence pour la “star du site”, le magistral Ginkgo biloba. De nombreux visiteurs viennent l’observer à l’automne, saison à laquelle ses feuilles caractéristiques, dotées de deux lobes en forme d’éventail, prennent la couleur de l’or. C’est, dit-on, l’origine de son surnom “L’arbre aux 40 écus”, à moins qu’il ne s’agisse du prix exorbitant qu’aurait payé un botaniste français à l’un de ses homologues anglais pour quatre graines rapportées de Chine.
Des arbres séculaires
Comme beaucoup d’autres arbres du parc, ce Ginkgo mâle n’est plus tout jeune. Il serait centenaire. Le jardin est en effet bien antérieur au couvent des Dominicains. Il constituait une partie d’une propriété composée d’une maison de maître et d’un terrain d’un peu moins de trois hectares “planté d’arbres vénérables et splendides… La communauté, séduite par le cadre de verdure et de silence, s’engagea dans l’acquisition de cette propriété.”* La construction du
couvent ne nécessita l’abattage que d’un seul arbre, les grands frênes, platanes, hêtres et autres cèdres ayant été préservés. Un plan, situé à l’entrée du jardin, permet de localiser les différentes espèces.
Des bornes de lecture illustrées le complètent et fournissent des informations très intéressantes. Ainsi apprend-on que le marronnier d’Inde peut atteindre 25 mètres de hauteur. Celui du jardin est âgé d’environ 120 ans. Son tronc a subi une étrange torsion que la science peine à expliquer. D’aucuns évoquent les ondes telluriques, d’autres penchent pour une transmission génétique. Selon une légende, le premier marron protège des rhumatismes et des maux de reins à condition de le porter en permanence dans sa poche. Plus loin, une autre borne explique les différences entre hêtre pleureur, hêtre pourpre et hêtre tortillard, trois faux frères aux allures effectivement bien dissemblables.
Un espace privé
Aucune clôture ne sépare le parc des bâtiments du couvent. C’est une volonté des frères
dominicains. Les visiteurs sont priés de ne pas oublier qu’ils se promènent dans un lieu privé.
“C’est un endroit que nous aimons beaucoup, confie frère Christian Marie-Donet, chargé de
l’entretien, nous voulons faire partager ce plaisir. Du matin au soir, on entend le chant des oiseaux. Nous voyons cet endroit comme un lieu de sérénité et de calme.” En s’y promenant, on peut apercevoir ici et là les vestiges de quelques installations cocasses. On les doit au frère Christophe, jadis en charge du jardin, qui commettait, de manière très personnelle mais avec un plaisir manifeste, des oeuvres de Land art non dénuées d’humour. Le parc du couvent des Dominicains est l’un des rares jardins privés de la métropole ouvert au public. Les chiens y sont interdits et, plus généralement, toutes les activités susceptibles de troubler la quiétude du lieu.
Inscrit à l'inventaire des Monuments historiques et classé “Patrimoine du XXe siècle”, le couvent des Dominicains de Lille est un ensemble architectural absolument remarquable. Construit dans les années 1950, il est constitué de quatre bâtiments : l'église, le réfectoire, le bâtiment d'habitation et l'hôtellerie. Les concepteurs, Pierre Pinsard et Neil Hutchison, ont utilisé avec ingéniosité la brique, le béton et le verre. C’est entre autres le cas dans l’église, symbole d’une tente de bédouin faite de perches verticales qui soutiennent des toiles, ondulant avec le vent. Splendide geste architectural ! Chaque année, le couvent est accessible au public lors des Journées européennes du patrimoine. L’occasion de visiter un site qui ne laisse décidément
pas insensible.
* Extraits de la publication Le couvent des Dominicains de Lille.