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Depuis l’été dernier, elles sont chacune à la tête des deux principales sociétés d’aménagement et de construction qui portent des projets d’envergure pour le compte de la MEL et des communes. Par exemple la reconversion de Fives Cail, pilotée par Soreli, ou le programme Euralille à la Deûle, mené par la SPL Euralille.
Quels sont les périmètres et les missions de Soreli et de la SPL Euralille ?
Isabelle Slots : Ce sont deux outils d’aménagement un peu différents du point de vue de leur actionnariat : la majorité des actionnaires de Soreli, qui est une société d’économie mixte (SEM), sont la MEL et la Ville de Lille, mais il y a aussi des privés, tandis que 100 % des actionnaires de la société publique locale (SPL) Euralille sont les collectivités locales. Nous sommes donc des sociétés qui relèvent du droit privé mais dont les actionnaires, majoritairement publics, nous contrôlent.
Raphaëlle Robiquet : En tant qu’aménageurs publics, nous sommes effectivement à la disposition des collectivités, et nous réalisons pour elles des opérations d’intérêt général. Nous sommes des outils au service des projets métropolitains et des communes. C’est important d’insister sur ce caractère public de notre action.
IS : Les sociétés d’aménagement sont une spécificité française. Elles se sont développées dans les années 1980, en parallèle de la décentralisation, qui a confié de plus en plus de compétences aux collectivités locales. Elles se sont alors dotées d’outils spécifiques pour pouvoir les exercer, pour conduire leurs grandes opérations d'aménagement avec souplesse et efficacité opérationnelle. Le statut de SEM de Soreli lui permet de pratiquer également des activités pour son propre compte. C’est-à-dire effectuer des opérations immobilières spécifiques sur lesquelles les opérateurs privés ne se positionnent pas mais que les collectivités souhaitent voir réalisées. Par exemple, sur les Rives de la Haute-Deûle, Soreli est venue construire le premier immeuble de bureaux, avec une partie de ses fonds propres. Cela a créé un appel d’air pour que d’autres promoteurs viennent se positionner. Mais notre mission étant d'intérêt général, ce n’est en aucun cas la rentabilité de l'opération qui dicte notre activité. C’est ce qui nous différencie des aménageurs privés.
Quelles sont vos partis pris et ambitions en matière d'innovation et de ville durable ?
IS : Un des partis pris d’un aménageur, c’est d’être présent dans le temps long. Par exemple les Rives de la Haute-Deûle s’inscrivent dans un contrat avec la MEL qui s’étend de 2004 à 2029. Nous garantissons à la collectivité que les ambitions d'origine seront maintenues à l’égal tout au long du projet. Nous faisons en sorte de maintenir ce fil directeur au niveau des ambitions initiales, sans que cela se délite. D'autant plus que les investissements publics dans nos opérations sont très importants : par exemple, sur les 160 M€ pour Fives Cail, il y a 110 M€ d’investissement de la MEL et de la Ville de Lille. Autre parti pris, pour chaque site, nous faisons en sorte de partir de l’existant et de sa ressource afin que le projet s’inscrive naturellement dans son environnement. Par exemple, pour Rives de la Haute-Deûle ou pour Fives Cail, l’industrie a disparu, mais elle a laissé des traces dans la structure, dans la morphologie. Il y a aussi tout ce qui a trait au milieu naturel, par exemple la présence de l’eau, ou encore la végétation qui a repris sa place. On part de tout cela pour que le projet s’y inscrive bien, et pour innover sur les aspects environnementaux. Tout cela sert de base pour innover sur le plan environnemental et pour rendre le site évident pour les habitants et les usagers, mais aussi aux yeux des acteurs privés, pour les convaincre de venir s’investir aux côtés des collectivités.
RR : Les projets urbains que nous portons s’inscrivent sur 15, 20, parfois 30 ans, comme Euralille, qui a bientôt 35 ans. Ce sont des trajectoires plus que des plans figés. Ils incarnent une façon de faire la ville respectueuse de l’héritage, en intégrant les enjeux environnementaux et la place des habitants. Nous travaillons sur de longs horizons, mais les quartiers se vivent dès aujourd’hui : il importe de rester à l’écoute des usages qui évoluent. Ainsi, nous observons, nous ajustons, nous expérimentons, et nous alimentons la vision de long terme. Rien que cela, c’est une ambition en soi. C’est d’ailleurs dans ces phases intermédiaires que le projet gagne en justesse.
Concrètement, comment construit-on un projet sur le temps long, tout en essayant d'avoir un temps d'avance ?
IS : Il y a toujours cette notion de phasage. Le projet se réalise au fur et à mesure et dépend de participations financières très importantes, nécessairement échelonnées dans le temps. Nous nous mettons donc d'accord avec la MEL et la Ville de Lille quant au secteur sur lequel nous allons concentrer les investissements. En général, les premières actions vont faire en sorte de parvenir à un changement d’image du site afin que le projet puisse ensuite se concrétiser avec d’autres acteurs. Nous allons acheter un terrain, le préparer, c’est-à-dire le dépolluer, démolir, préparer les bâtiments que nous conservons. Ensuite, nous allons le viabiliser, poser les réseaux, aménager, puis vendre des terrains à des constructeurs avec des prescriptions pour que leur projet soit cohérent avec la zone et les ambitions politiques de la MEL et de la Ville de Lille. Il y a aussi tout ce qui est immatériel : la communication et la concertation, qui permettent de faire vivre le projet avant même qu’il n’existe, afin qu’il soit connu et que les habitants puissent se l’approprier.
RR : C’est toute la question que pose le projet « Euralille à la Deûle », et que nous avons travaillée avec le groupement de paysagiste-urbaniste en chef l’an dernier. Articulé autour de la refonte de l’infrastructure, rendue possible par l’arrivée du tramway, cet ambitieux projet paysager, pensé sur le long terme, se mettra en œuvre de manière progressive sur les 15 à 20 prochaines années. L’enjeu est de rendre cette démarche visible et compréhensible par tous. Il s’agit de donner à voir les grandes étapes de la transformation de ce territoire, d’en expliquer le calendrier et les contraintes, et de rappeler que la complexité des procédures techniques et administratives impose un temps long. Cette pédagogie est indispensable pour accompagner le changement. Le lien avec les habitants est au cœur de la démarche. Les échanges nourrissent le projet et permettent de le faire évoluer en tenant compte des usages, des attentes et des questions exprimées. Cette concertation continue est une condition essentielle pour construire une transformation partagée et durable du territoire.
IS : Il peut aussi y avoir des évolutions dans la façon dont les élus envisagent leur ville. Dernièrement, sur Fives Cail, nous avions un parc qui précédemment faisait 3 hectares. Finalement, il y a 2 ou 3 ans, l'ensemble des élus métropolitains et de Lille ont souhaité qu'on fasse plus de place au parc, en allant plus loin dans la place du piéton : en supprimant des voiries et en introduisant le parc sous une ancienne halle industrielle.
Comment les projets urbains comme Euralille à la Deûle, Saint-Sauveur, Rives de la Haute-Deûle, Fives Cail… transforment-ils le territoire ?
RR : Euralille à la Deûle vise notamment à reconnecter la ville à l’eau, en réintroduisant la nature au cœur d’un secteur aujourd’hui très infrastructurel aux frontières des communes de Lille, Saint-André, La Madeleine et Lambersart. Sur Saint-Sauveur, le projet propose une approche progressive, où la nature, la culture, les équipements et le logement se combinent pour créer un nouveau morceau de ville vivant et appropriable.
IS : Pour les Rives de la Haute-Deûle et Fives Cail, nous partons, peut-être plus que pour Euralille à la Deûle, d'anciennes emprises industrielles qui ont connu une très forte activité : d'un côté une filature, de l'autre côté la production de locomotives, d’ouvrages d'art… Ces territoires, quand les industries fonctionnaient, avaient une véritable valeur économique qui avait entraîné tout un développement de quartiers, qui, avec l’arrêt des activités, ont perdu en valeur et en usage, avec un marché immobilier qui s’est dégradé pendant 20 ans. Ces projets urbains sont venus rendre une valeur à ces secteurs. Une valeur différente parce que l'idée n'était pas de réimplanter des usines : pour Fives Cail, du résidentiel ; et pour les Rives de la Haute-Deûle, cette ambition de refaire de l'économie avec le pôle d'excellence autour du numérique (EuraTechnologies). Il s'est développé et s'est concrétisé par 8 000 emplois créés. Et ça ne s'est pas arrêté au périmètre de de la ZAC, car le projet des Rives de la Haute-Deûle influe, par effet d'entraînement, sur le quartier des Bois-Blancs qui connaît maintenant un fort dynamisme immobilier. Ces opérations aussi ont une valeur d'exemplarité en matière de qualité architecturale, de qualité d'usage des logements et des espaces publics. Mais aussi une valeur de référence nationale. Nos projets sont connus à l’échelle du pays et de l’Europe, et beaucoup de professionnels et d'étudiants viennent nous voir. Tous les mois, nous faisons 3-4 visites des projets, ce qui représente annuellement environ 1 500 professionnels de toutes origines. L'Office de Tourisme métropolitain va d’ailleurs inscrire Fives Cail dans son programme.
Comment faites-vous pour croiser vos projets avec toutes les politiques publiques de type climat, habitat, développement économique, etc.?
IS : Globalement, ces projets incluent toutes ces politiques publiques. Sur les Rives de la Haute-Deûle, nous avons EuraTechnologies, un pôle d'excellence du numérique pleinement inscrit dans la politique de développement économique de la MEL avec ses pôles d'excellence. Par ailleurs, 1 900 logements sont construits, c'est donc de la politique de l'habitat, avec de forts objectifs de mixité. Et en matière environnementale, les prescriptions que nous imposons aux constructeurs sont les prescriptions des politiques publiques de la MEL qui vont plus loin que l'objectif légal de performance à atteindre.
RR : Les projets urbains s’inscrivent en cohérence avec les documents cadres métropolitains : Plan climat air énergie territorial, Programme local de l’habitat, Plan de Mobilité, … Le projet Euralille à la Deûle, situé à la rencontre des deux axes écologiques majeurs que sont les trames vertes et bleues, permettra de développer sur 200 hectares un paysage capable d’agir significativement sur le climat et la « décarbonation », tout en confortant l’attractivité du cœur de métropole. Le PLH identifie également un besoin de production de logements dans ce territoire. Et, spécificité de l’opération, c’est le projet de mobilité, en l'occurrence Extramobile, qui permet, par son déploiement dans le territoire, d'opérer sa transformation. À l’origine des projets urbains, il y a très souvent un projet d'infrastructures de transport : la métropole s’est progressivement construite autour du Grand Boulevard créé il y a un siècle. Euralille, en tant que projet urbain, s’est développé avec le passage du TGV à Lille et la création de la gare Lille-Europe. S’il n’y avait pas eu le TGV, il n’y aurait pas eu Euralille, ni cette volonté de développer un quartier d'affaires. De la même manière, ce qui a déclenché la volonté de la MEL d'engager près de 130 M€ pour financer la transformation du territoire d’Euralille à la Deûle, c'est bien la décision parallèle d’y faire passer le tramway. Se pose aussi la question de réduire l'infrastructure routière alors que demain un tramway intercommunal traversera le site. Cela permet d'envisager une refonte des espaces publics. Nos opérations se développent également sur ce qu'on appelle le « ring lillois » : Euralille 1 puis Euralille 2 porte de Valenciennes, sont des opérations rendues possibles après abandon ou déplacement du boulevard périphérique. Et d'une certaine façon, à Saint-Sauveur, c'est l'abandon d'une infrastructure ferroviaire, avec l'arrêt de la gare de marchandise, qui a permis de développer un quartier. Bien sûr, nous ne développons pas uniquement des opérations d'aménagement au droit des infrastructures et des projets de transport. La dynamique ANRU est également un « moteur » pour la réhabilitation des quartiers, avec des opérations de renouvellement urbain comme l'opération Concorde et Les Oliveaux.
Comment fait-on pour tenir sur le temps long, parfois pendant 20 ou 30 ans, sans se lasser ?
RR : C'est impossible de se lasser dans le métier ! Nous touchons à un champ de politiques publiques tellement large que nous ne pouvons jamais nous ennuyer. Nous manipulons des questions foncières, des questions techniques, des questions de logement, des questions de politique culturelle, des questions de mobilité passionnantes. Il n’y a jamais une journée ou même une semaine qui se ressemblent. Et puis notre métier est éminemment partenarial, c'est un travail qui se fait en équipes, nous travaillons aussi bien avec des notaires et des acteurs de l’immobilier qu'avec des entreprises de TP, des architectes, des concepteurs…
IS : Et également avec les services thématiques de la MEL ! Nous passons beaucoup de temps ensemble, c’est un métier riche en échanges ! Et puis quand nous voyons que les riverains d’un projet s’approprient progressivement les lieux, car nous livrons des choses au fur et à mesure, qu’ils commencent à faire du vélo, que nous voyons aussi des enfants qui jouent, cela donne du sens à ce que nous faisons, et c’est très satisfaisant.
RR : Nous avons nous-mêmes envie d’y résider. La meilleure façon de fabriquer la ville, c'est de travailler à celle dans laquelle on a envie de vivre. La meilleure façon de produire, c'est de concevoir des bâtiments dans lesquels nos équipes auraient envie d’habiter ou des bureaux dans lesquels elles auraient envie de travailler.
Quel est le rôle de la concertation citoyenne dans ces projets ? Comment construit-on avec les habitants ?
RR : Il y a deux approches. La première est réglementaire. C’est une obligation pour tout projet urbain, c'est même l'une des assises des dossiers d'opérations que nous développons. Mais nous ne nous arrêtons pas à ce processus légal. L'objectif, c'est que le lien que nous tissons au départ avec les habitants puisse exister tout au long de la mise en œuvre du projet urbain, qui va évoluer, qui va bouger. Ce qui va faire apparaître des projets d'urbanisme transitoire, autrement dit les petites actions que nous allons mettre en œuvre pour tester des usages, tester des aménagements. Et voir de quelle manière nous pouvons les réajuster. Ce sont plutôt des instances de coproduction, de zoom sur les espaces publics.
IS : C'est vrai que c'est la question des usages qui nous préoccupe. Nous avons travaillé sur les deux parcs de Fives Cail et des Rives de la Haute-Deûle. Le maître d'œuvre va les concevoir, et en accord avec la Ville et la MEL, nous avons concerté sur les usages : qu'est-ce que les gens veulent y faire, comment veulent-ils y vivre, comment veulent-ils y circuler ? Des inquiétudes se sont-elles développées quant à la sécurité ? … Cela laisse la place à l'imagination. Cette démarche a duré 2 ans. Elle s’est faite de manière numérique, mais également par des permanences de rue ou des balades. Mais aussi avec les écoles, puisque les enfants sont les futurs habitants. La concertation permet de faire évoluer les projets.